Avis CFDT au CSEC - Situation économique & financière - UES RP

Rédigé le 02/07/2026
Gabriel COCAGNE

La CFDT de la Plateforme de Normandie vous fait part de l'avis rendu par la CFDT au dernier CSEC.

 

Dans le cadre de la consultation sur la situation économique et financière de l’UES Raffinage Pétrochimie, la CFDT formule un avis fondé sur les éléments transmis par la direction, les comptes sociaux 2025, le rapport d’expertise Syndex ainsi que les échanges intervenus en instance.

 

La CFDT remercie le cabinet Syndex pour la qualité de ses travaux, qui permettent d’éclairer la réalité économique des activités françaises au-delà d’une approche strictement comptable.

 

La situation apparaît aujourd’hui contrastée. D’un côté, le groupe TotalEnergies conserve une très forte capacité financière, avec un cash flow proche de 28 milliards de dollars en 2025 et un niveau de retour aux actionnaires historiquement élevé, représentant environ 57 % du cash flow.

 

De l’autre, les activités françaises du Raffinage‑Pétrochimie restent déficitaires, avec un RONA de moins 374 millions d’euros pour 2025, soit une amélioration de 209 millions par rapport à 2024 mais qui ne permet toujours pas le retour à l’équilibre.

 

Le rapport d’expertise met en évidence un manque à gagner particulièrement significatif, estimé à environ 600 millions de dollars de RONA en 2025, directement lié à la sous‑performance industrielle. Ce déficit s’explique notamment par des retards de grands arrêts, des difficultés de redémarrage, des problèmes de fiabilité, ainsi que des arrêts non planifiés et des ralentissements techniques.

 

Pour palier à ces difficultés la direction a mis en place le programme boost 27.

 

Néanmoins pour la CFDT, le fait que ce programme soit conduit à iso‑budget en limite clairement les effets dans la durée. Une amélioration structurelle de la performance industrielle ne pourra être atteinte sans traiter les causes profondes que sont le vieillissement des installations, l’insuffisance de maintenance préventive, la perte progressive de savoir‑faire et la dépendance croissante à la sous‑traitance.

 

Dans ce contexte, la CFDT souligne une contradiction majeure dans la stratégie actuelle. Alors que les marges et les résultats du groupe demeurent élevés, les investissements industriels, notamment en France, sont en baisse depuis 2023 en euros constants. Cette trajectoire est particulièrement préoccupante, tant pour les dépenses de maintenance que pour les investissements structurants sur les outils industriels et ceux liés aux économies d’énergie.

 

Cette réduction des investissements apparaît d’autant plus incohérente que les enjeux énergétiques et environnementaux deviennent déterminants pour la compétitivité. Les achats d’énergie représentent environ 437 millions de dollars en 2025 et constituent le principal levier de performance, pouvant atteindre jusqu’à 44% du potentiel d’amélioration selon le benchmark Solomon. Parallèlement, le coût du CO₂ est en hausse en raison du renchérissement des quotas.

 

Dans ce contexte, le ralentissement des investissements dédiés aux économies d’énergie fait peser un risque direct sur la sécurité, la compétitivité et la fiabilité des sites industriels.

 

Concernant le secteur des biocarburants, il présente des perspectives contrastées : si le HVO bénéficie d’une dynamique de demande favorable, le SAF reste, quant à lui, pénalisé par un niveau de demande encore insuffisant et par une concurrence asiatique soutenue.

 

Dans ce contexte, la flexibilité industrielle de La Mède et, à terme, celle du site de Grandpuits devraient néanmoins permettre à TotalEnergies d’atténuer les effets d’une orientation stratégique vers le SAF, aujourd’hui fortement remise en question.

 

Le rapport Syndex souligne également que les activités de trading génèrent un RONA d’environ 1,9 milliard de dollars, très supérieur à celui des activités industrielles. Pourtant, la contribution des flux physiques issus des sites industriels à ces résultats n’est pas explicitée ni valorisée dans les comptes du Raffinage‑Pétrochimie France.

 

Cette situation ne permet pas de refléter la valeur économique réelle créée par les sites français. La CFDT demande donc qu’une analyse économique complète intégrant les flux intragroupe soit mise en place.

 

Par ailleurs, la CFDT partage pleinement le constat d’une pétrochimie européenne structurellement dégradée, marquée par une faible demande, une pression accrue des importations et des coûts élevés notamment sur les polymères.

 

S’agissant des perspectives 2026, la CFDT note que les résultats pourraient s’avérer meilleurs que le budget initial, compte tenu du niveau élevé des marges observé en début d’année. Toutefois, cette amélioration resterait conjoncturelle si les difficultés structurelles identifiées ne sont pas traitées en profondeur.

 

Au regard de l’ensemble de ces éléments, la CFDT prend acte de l’amélioration partielle des résultats en 2025, principalement liée à un contexte de marges plus favorable. Elle considère toutefois que les fragilités structurelles demeurent importantes, notamment la sous‑performance industrielle, le vieillissement des installations, l’insuffisance des investissements, la dépendance aux importations et les difficultés persistantes de la pétrochimie.

 

Pour la CFDT, l’avenir de l’UES Raffinage‑Pétrochimie ne pourra être garanti que par la mise en œuvre d’une véritable stratégie industrielle de long terme, reposant sur des investissements à la hauteur des enjeux, des moyens humains adaptés, une transparence économique renforcée et une anticipation concrète des défis liés à l’énergie, au CO₂ et à la transition énergétique.

 

Pour la CFDT de la Plateforme de Normandie, cet avis est à l'image de nos sites locaux en Normandie. TotalEnergies a les moyens d'investir durablement en France tout en répondant aux différents enjeux cités. Il en va de sa Responsabilité Sociale et Economique en France. (RSE)

 

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